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LES FOULEES ROQUEBRUNOISES

* * * REMEMBER ; COLETTE BESSON * * *

28 Juillet 2008 , Rédigé par Philippe Publié dans #historique






Le grand public redécouvre, découvre le plus souvent, Colette Besson dans les années 90, lorsque Marie-José Pérec règne sur le 400 mètres, que Colette remporta aux J.O. de Mexico en 1968, en une époque de professionnalisme balbutiant, où l’athlétisme français brillait rarement, où les rencontres internationales étaient peu fréquentes, un autre temps, celui où les pistes étaient cendrées, les intérêts financiers faibles, et où les athlètes connaissaient davantage de variations dans leur performance, et ressemblaient en fait à de simples êtres humains: «À l’époque, on gagnait, c’était merveilleux, on perdait, ce n’était pas dramatique.», avoua Colette.

Elle apparait alors sur les plateaux de télévision, et il y a quelques choses de lumineux, un sourire, une esthétique étrange, de ses gens qui marquent, qui choisissent leur destinée, sur qui le temps ne semble pas avoir de prise, que l’on n’imagine pas s’en allé, une idée de la grâce probablement, son incarnation ou son reflet Colette, à minima.

Colette, entre le mythe et l’histoire de France, entre la tète brulée, et l’héroïne nationale, à filer la chaire de poule au plus cartésien des théoriciens de la course à pieds. En conflit avec la Fédération Française d’Athlétisme, elle et son entraineur, Yves Durant Saint-Omer, on été privés de Championnats d’Europe en Hongrie, en 1966. Humiliation, bêtise, injustice, ou genèse d’une victoire future peut-être... Antoine Blondin, fou de rage et d’amour écrira dans L’Équipe: «Quand on empêchait Cendrillon d’aller au bal, il se trouvait un président charmant pour changer une citrouille en caravelle et lui passer des chaussures à pointes sur le coup de minuit.» Mais elle n’a que vingt ans, et les Jeux sont dans deux ans.

Colette, c’est d’abord et avant tout un moment, une date, un lieu, un chiffre, et le comment de tout ca surtout. 16 Octobre 1968 au Stade Aztèque de Mexico, Colette remporte l’or du 400 mètres, en 52 secondes, en direct, pour la première fois à la télévision.

L’histoire commence en Mai 68, les collèges et lycées sont fermés, et Mlle Besson, professeure d’éducation physique de son état, fait sa révolution également, s’oppose aux entraineurs fédéraux qu’elle juge sans doute avec raison incompétents avec leurs méthodes militaire; fait son sac, part en altitude s’entrainer à Fond-Romeu, et dort dans sa tente, pendant 4 mois et demi. Il y a toujours quelque-chose d’étrange à évoquer cela, cette réalité incroyable, tournant à la mythologie, est pourtant, bien réelle, jamais démentie en tout cas.

Colette Besson séjourne au camping municipal de Font-Romeu, durant 4 mois et demi pour préparer les J.O de Mexico, situé à 2245 mètres d’altitude. Elle comprend avant les autres, sans les résultats de la recherche scientifique, la difficulté de la performance à ces hauteurs là, la nécessité d’acclimater le corps et le cerveau, avec son entraineur, l’austère Yves Durand Saint-Omer. Elle justifiera sa victoire d’ailleurs, par ce long entrainement solitaire: «Les autres ont craqué, elles manquaient d’air.»

Et puis, il y a cette fameuse course, évidemment, le 16 Octobre 1968, au Stade Aztèque de Mexico. Colette possède la 23ème performance de la saison, avant le début des Jeux, mais elle est parvenue facilement en finale, dans un relatif anonymat. Son entraineur croit en elle, elle un peu moins, elle ne veut pas finir dernière. La caractéristique de cette course circulaire, ce tour de stade de 400 mètres, où huit concurrents se trouve décalés, et devront courir «de travers» pendant 300 mètres, est, qu’il est difficile de se faire une idée des positions des concurrents, avant la dernière ligne droite, que Colette va aborder en cinquième position, très loin...

Ici, on entre dans un autre domaine, celui ou les mots sont vains, quelque-part entre l’accomplissement d’un être, la légende populaire, un cri de révolte, une chevelure noire qui vole, la victoire de la femme, incarnée par sa plus belle représentante, une page d’histoire, tout ca et un peu plus Colette, difficile à évoquer, cette dernière ligne droite à vrai dire, en noir et blanc et en mondovision, que seuls les anciens ont vus.

Un peu comme ces histoires à la veillée, que l’on racontait dans les campagnes, cette ligne droite, que certains narrent parfois encore des sanglots dans la voie. Le 400 mètres est une des courses les plus éprouvantes, on appel cela du sprint long, pas loin du demi-fond en fait, une course très dure, qui fait mal à l’organisme, une sensation d’étouffement, où l’athlète doit tenir, et termine souvent les bras en croix. Et Colette tient son rythme, alors que les autres semblent fléchir, les spectateurs se lèvent, car elle est quatrième maintenant, puis troisième, seconde enfin, il reste quelques mètres, et Lilian Board, la favorite raconte: «J’entendais mon souffle et mes foulées, puis, petit à petit, son souffle et ses foulées. Je priais pour que la course ne soit pas trop longue. Et, pour la première fois de ma carrière, j’ai entendu la foule hurler, je vis la vidéo, elle m’avait passée.» C’est plus ou moins comme ca que ca a du se passer cette histoire, cette fameuse dernière ligne droite. 51’’97, arrondi en 52 secondes, comme l’avait prévu Yves Durant Saint-Omer, deux ans auparavant.

Ensuite les larmes, la Marseillaise avec le drapeau français, et les larmes encore. Une rencontre avec le général de Gaulle, qui décore Cendrillon, pour service rendu à la nation, faute de pouvoir l’anoblir. Marianne honore sublimement sa République en ces temps où elle perd le plus souvent, de là á penser quarante ans plus tard que Colette a été l’avenir de l’homme...

«La petite fiancé de la France», redeviendra prof de sport, arrêtera la compétition en 1977, puis, entrainera certaines équipes de France, celle du Togo, puis en Martinique, à Tahiti ou à la Réunion. Elle occupera enfin des fonctions officielles, dans la lutte anti-dopage, soutiendra la candidature de Paris pour les Jeux de 2012, qui échouera d’un rien en Juillet 2005. Un mois plus tard, elle est partie, à la suite d’une longue maladie, comme on dit en ces occasions, au milieu de l’été. Jean Galfione, retraité le jour même, apprenant la nouvelle et plus tellement lucide, tint ces propos: «J’ai toujours connu Colette avec un sourire jusqu’aux oreilles.»


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