* * * PATRICK MONTEL NOUS RACONTE SA RENCONTRE AVEC JAMES AU KENYA * * *
18 déc. 2007
Cet article est tiré de l'émouvant commentaire laissé par Patrick sur l'article Jogging.
Il invitera d'ailleurs James au marathon de Paris aprés son passage dans notre région.
Même les hasards du calendrier se mettent à aider James !!!!
Son récit ;
Raconter ce périple autour d’Eldoret comme le synopsis que Mark Bett en metteur en scène génial avait à l’avance découpé pour nous. Un air léger flottait dans le hall de l’aéroport
offert à ciel ouvert. Mark engoncé dans un vieux blouson Reebok était fidèle au rendez vous. Sa vieille guimbarde japonaise connaissait le chemin par cœur. Un détour pour déposer nos
bagages à l’hôtel sous les regards perplexes du personnel de service intrigué par le ballet de ces blancs pressés au point d’elire domicile dans un lieu si modeste. La route ensuite,
impeccablement goudronnée dans les premiers kilomètres, puis abandonnée aux caprices des intempéries. Le goudron dévoré par plaques. Une gale immonde qui exigeait une attention soutenue de la
part des gentlemen drivers. « This road is pathetic !» Maugréait notre guide. Le slalom de tous les dangers au milieu des nids de poule, des vélos, des charrettes à bras et du bétail
livré à lui même. Sur le bas côté un attroupement. Les restes d’un véhicule léger percuté à l’avant gauche par un tracteur surgi au plus mauvais moment, comme le tramway d’Athènes. Que
restaient-ils des passagers ? Mark éluda la question. La vie ne tenait souvent qu’à un fil en Afrique. Les nouvelles de James étaient rassurantes. Pas de séquelles graves après quatre
jours de coma. Un véritable miracle. Mark ne décolérait pas. A l’hôpital central, au chevet de son frère, il n’avait vu personne. Par voie de presse l’organisateur se contentait de dégager
toute responsabilité évoquant le libre arbitre de cet athlète qui avait refusé de monter dans l’ambulance pour achever son chemin de croix. Mark en appelait au respect et à la dignité des
marathoniens. Qu’importe qu’il s’agisse de son frère ou d’un compatriote ! Tous les forçats du macadam avaient droit à un dispositif de sécurité minimum. Le premier jour Mark avait à
peine reconnu son frère sous son masque tuméfié. Dans l’unité de soins intensifs, les médecins réservaient leur diagnostic. Lorsque enfin James ouvrit les yeux, Mark était encore
pour lui un étranger. Son aîné eut alors l’idée de lui parler doucement en Kalenjin, le dialecte des Nandis, de ressasser comme une mère , le vocabulaire de l’enfance, les premiers
souffles d’une vie. Comme une renaissance. Les jours qui suivirent, James récupéra ses forces et sa mémoire à une vitesse sidérante. Les médecins autorisèrent alors son rapatriement.
L’organisateur ne risquait plus grand-chose. Les images chocs diffusées sur France 2 avaient ému les télespectateurs de Stade 2 mais avaient laissé de marbre la grande famille des médias.
Il ne s’agissait après tout que d’un soldat anonyme, Kenyan de surcroit. Le drame tournait en boucle sur internet et nourrirait bientôt les bêtisiers de fin d’année. Comment en vouloir à une
génération de nantis, nourrie par Jackass et Vidéo Gag ? A l’entrée de Kapsabet, Mark gara sa vieille Toyota sur le bas côté et James surgit comme dans un rêve, impeccable et
digne dans ses plus beaux habits. Moi qui ne l’avais jamais cotoyé, j’eus soudain envie de le serrer contre moi.James avait survécu à la folie des hommes et mieux même ne semblait pas
leur en tenir grief. Il ne gardait aucun souvenir du drame, avait juste interrogé à son réveil le médecin accouru à son chevet. » Suis-je encore en vie ? » Avait-il
seulement murmuré. Il avait beau fouiller sa mémoire, la dernière image imprimée par son cerveau le portait en tête de la course. Un coup de maître pour sa première incursion en Europe. Le
manager blanc qui lui avait avancé l’argent du voyage serait fier de lui et peut être James pourrait prétendre à la prime de 6000 euros promise au vainqueur du marathon. Une fortune pour
le kenyan moyen. De quoi bâtir une demeure confortable à côté de la case familiale, une hutte de paille et de terre séchée, que Mark avait tenu à conserver en l’état. » C’était modeste
mais suffisant. » Affirmait-il lors de notre visite. Pour rejoindre le village, il fallut emprunter la piste, apprivoiser ce bout du monde, ces terres oubliées qui n’interressaient
personne où le temps indolent s’écoulait comme au moyen âge au rythme du soleil et des moissons. En chemin Mark fier de l’héritage de ses illustres frères de fond procédait à
l’inventaire des hôtes prestigieux des villages traversés. Bungei, Kipketer,Tergat, Ngeny. Nulle trace pourtant de suffisance ni d’ostentation, dans leurs investissements. Juste de solides
demeures construites en dur, avec l’eau et l’électricité. Au bout du périple, le village prévenu de notre arrivée s’était mis sur son 31. Mark tint à ce que l’on respectât le
protocole. La première visite fut pour le père âgé de 91 ans, grabataire et sourd. Pas de médecin ni de dispensaire à cent lieux à la ronde mais un amour et un respect profond pour la
source de toutes les vies, le moyen le plus efficace pour le maintenir encore en vie. Un peu plus tard James tomba dans les bras de sa femme. Un instant d’émotion d’une force incroyable .La
frêle silhouette étreignait son homme comme s’il ressuscitait soudain d’entre les morts et à ses pieds le petit Godwill, deux ans à peine, fixait la scène de ses grands yeux étonnés.
Madame avait préparé en cuisine un festin de roi. J’avais apporté un lecteur DVD. James avait-il seulement envie de renouer les fils de sa mémoire envolée ? Il voulut savoir avant
même se toucher à son assiette.Je ne fixais que ses yeux tandis que les images implacables meublaient les zones d’ombre de l’inconscience. Au l’instant de l’impact, James ne put réprimer un
petit sursaut apeuré. Sa femme debout derrière lui détourna son regard. Lorsqu’elle me fixa à nouveau, ses yeux débordaient de reconnaissance. Dieu avait eu pitié de son couple. Ce
fut son seul commentaire. Le beau visage de James empreint de dignité imposa le silence à toute l’assemblée. Sur le chemin du retour, Mark tint à ce que nous fassions un détour par leur camp
d’entraînement. Un dortoir spartiate devant lequel étaient alignées des paires de tongs et de baskets usagées. A l’intérieur, quelques paillasses, un poste de télé, des coupes en fer blanc et
punaisés au mur des calendriers publicitaires et des images pieuses.Tel était le secret des maîtres des hauts plateaux qui communiaient la semaine dans la même ferveur, l’espoir fou d’attirer à
force de travail le regard des managers de passage.Mark se voulait optimiste. Bientôt James ne ressentirait plus cette gêne dans la poitrine et pourrait enchaîner les grosses séances sur
les sentiers ocres. Le jour viendrait où il reprendrait l’avion pour chasser sur l’asphalte d’Europe les démons du passé.
commentaire n° : 4 posté par : patrick montel le: 16/12/2007 15:29:56
ENCORE MERCI PATRICK !!!!!